Biographie

Les lignes qui suivent sont directement inspirées de l’article de Jean Mein dans le livre consacré à son père (1).

Étienne Mein est né le 29 Septembre 1865 à Allauch, près de Marseille. Ses parents, issus d’une famille provençale originaire de Cassis, habitent Marseille, rue des Ferrats, dans les vieux quartiers aujourd’hui démolis. Son père, lui-même fils d’un ancien de la marine à voile, travaille à la Compagnie de Navigation Mixte.

Étienne Mein jouit d’une enfance heureuse dans une famille unie. Il est élève à l’École des Frères tout près de chez lui à Marseille. Sa mère a toujours sa maison familiale dans la ville provençale d’Allauch. Elle y passe souvent les vacances avec son fils et ses deux filles. Mais dès 1879 Étienne entre en apprentissage chez le graveur sur métaux Gérard, pour venir en aide aux moyens modestes de sa famille. Ce travail se poursuit jusqu’en 1882, date à laquelle sa vocation artistique s’affirme et le conduit à l’École des Beaux-Arts, avec pour maîtres Dominique Antoine Magaud et Marius Guindon. Il en sortira avec un 1er prix de peinture.

Ne pouvant continuer ses études à Paris, il gagne sa vie chez un graveur sur bijoux à Marseille, tout en se préparant à concourir pour le Salon des Artistes Français. Désireux de parfaire sa culture, il fréquente assidûment la Bibliothèque Municipale où il se passionne pour la littérature orientée vers la philosophie et vers l’art. Il prend l’habitude de noter sur des carnets, entre des croquis, des pages entières empruntées aux grands auteurs, ainsi que ses pensées et appréciations personnelles. On trouve dès 1889 dans ses notes la mélancolie liée au regret du temps perdu, mais aussi l’expression d’une âme sereine, soutenue par la foi en Dieu, et tendant « son esprit vers la lumière », tout en pensant que « la Beauté est le dernier terme, la plus haute expression de la vie ».

Il aime la musique et apprend le violon, auquel il doit renoncer après un accident à l’annulaire gauche. Il sera assidu aux Concerts Classiques. On trouve dans ses notes de 1892 ces réflexions sur Musique et Peinture : « La musique est par essence toute spirituelle ; elle est l’expression de l’âme à un moment donné… La peinture offre un champ plus vaste : raison, esprit, sentiment, âme… Lorsqu’on regarde un tableau, la raison doit guider ; la réflexion, le jugement, l’imagination interviennent… On ne pleurera pas, mais la possession de l’objet aimé donnera peut-être une jouissance plus durable ».

Étienne Mein a loué quai de Rive-Neuve une vaste pièce avec deux grandes fenêtres ouvertes sur le Vieux-Port. Il note par exemple : « Je viens de voir arriver de grandes barques à voiles venant des Martigues…Un soleil couchant d’automne éclairait le ciel, et l‘or des fonds, d’une délicatesse inouïe, allait se perdre dans l’azur… ». Il conservera toute sa vie cet atelier, dans lequel son fils organisera plus tard des expositions de ses œuvres.

En 1893 il est reçu au Salon des Artistes Français, avec son tableau « Le Grand-Père » qui sera ensuite exposé au musée Gassendi de Digne. Son séjour à Paris lui permet des visites au Musée du Louvre qui le transportent de joie devant les œuvres des grands maîtres, Rembrandt, Vélasquez, les grands classiques italiens…. Mais dès son retour les soucis le reprennent. « Je cours d’un atelier à un autre et apporte à la maison un très maigre salaire. Je ne peux entreprendre un travail d’art faute d’argent[…] Je voudrais entreprendre quelque chose de sérieux […] et en pleine liberté m’occuper de cette chose… Je suis lié pour la vie à cette peinture, puisque de la vie même il faut découvrir le secret… ». Un réconfort lui est apporté par la nature. « Médite sur ton œuvre et au sein de cette nature tu trouveras la force et le courage dont tu as besoin[…] Entrevois la divine Beauté[…] la sublimité de la Nature[…] Puis travaille ».

En 1895, il réussit à réunir une petite somme pour s’acheter une presse d’aquafortiste. Quelle joie dès qu’il la possède ! C’est entre 1896 et 1901 qu’il produira le plus grand nombre de ses eaux-fortes. Il écrira plus tard « Le temps de liberté m’était très limité. J’avais seulement le dimanche et quelquefois un ou deux jours dans la semaine. Je faisais surtout de la gravure (eau-forte) de 25 à 35 ans, pouvant à cela travailler le soir. Je n’ai jamais goûté aux plaisirs du monde ; mon but était de peindre, et pour cela mes seules distractions étaient la lecture des ouvrages d’art, le soir à la bibliothèque, et mes voyages à Paris où j’allais m’instruire au Salon et au Louvre ».

Sa situation s’améliore. Connu dans les milieux artistiques, il fait des expositions avec d’autres peintres. Membre de la Société des Artistes Marseillais dès 1896, il devient membre de la Société des Artistes Français en 1900 (pour peinture et gravure), ainsi que de la Société des Aquafortistes Français. Lors de l’Exposition Coloniale de Marseille de 1906, il expose deux tableaux (Moulins de Provence et Castillan) et une eau-forte (Portrait du peintre Antoine Vollon). Il est nommé Chevalier de l’Ordre de Nicham Iftikhar.

Il a quelques élèves, et notamment celle qui deviendra son épouse en 1910 et lui donnera son fils Jean, naissance à l’occasion de laquelle il grave la charmante eau-forte d’un bébé porté par une cigale. En 1914 il vient habiter une villa au 9, traverse Bonvoisins (devenue depuis rue Étienne Mein) qu’il ne quittera qu’en 1933 pour aller habiter au boulevard Chave , no244 .

Il participe à des expositions à Marseille, Narbonne, Carcassonne et Tunis, et obtient une Mention Honorable au Salon des Artistes Français à Paris en 1920 pour son tableau « Coin d’Atelier ». Il voyage et peint en Haute-Savoie, Isère, Drôme, Haute-Loire et Paris à l’occasion des Salons, mais surtout dans cette chère Provence à laquelle il reste fidèle. Son œuvre se répand à Marseille, Aix, Digne, Paris, Tunis, ainsi qu’à Montréal.

Il entre comme professeur de dessin et de modelage en 1921 aux Cours Professionnels, rue des Convalescents. En 1931 il est reçu par concours professeur à l’École des Beaux-Arts de Marseille. Il est nommé Officier d’Académie en 1926, et officier de l’Instruction Publique en 1933.

Ses élèves lui portent une affection profonde. Madame Godet-Rouve, qui a par la suite fondé une école de peinture à Nice, écrit « Son talent n’avait d’égal que sa modestie, sa modestie extrême ! Avec quelle simplicité émouvante il vous accueillait dans son atelier du quai de Rive-Neuve, baignant dans cette lumière dorée du port […] Atelier que j’ai fréquenté pendant 6 ou 7 ans, dans lequel j’ai travaillé avec un enthousiasme débordant, soutenue par les encouragements de ce Maître vénéré, qui a su me faire connaître les plus belles joies de mon existence : l’Art, dans toute sa sincérité, toute sa splendeur […] Ce chemin a été pour moi éblouissant de lumière… ».

Étienne Mein manifeste toujours un grand enthousiasme pour la nature. Il écrit en 1936 « Porquerolles en été ! Quelle puissante nature !, quelle force !… ». Quant aux visites au Louvre, elles le comblent toujours de joie: «  Ici, c’est la salle des plus grands. Quelle lumière ! […] lumière que l’on pourrait dire spirituelle, parce que ces peintures sont d’un idéalisme savant et éclairé […] La force aidée par la grâce… ».

Avec l’âge son état de santé se dégrade, mais il refuse d’abandonner le professorat officiel alors qu’il aurait pu ne garder que son travail personnel ou les quelques élèves auxquels il s’est attaché. Le matin du 5 mai 1938, après avoir admiré « la belle symphonie de gris » que lui offrait ce jour-là le ciel nuageux, il meurt chez lui, à Marseille, entouré de sa femme et de son fils, et ses dernières paroles sont pour son petit-fils « Petit-Pierre » qu’il aimait et n’avait que trop peu connu.

Étienne Mein était un doux, aux affections sincères et solides. Fidèle, il le fut à son Art, à sa famille, à son idéal. L’art a transfiguré sa vie ; il l’a vécue par lui, pour lui.

(1) Le livre « Etienne Mein, Peintre-Graveur, 1865-1938 » contient le catalogue des œuvres ainsi que plusieurs documents signés Jean Mein, Adolphe Gaussen, Marcelle Horace, Horace Richebé, Jean Cherpin.

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